A travers le désert
Xining
Pour quitter le Tibet, nous prenons un bus qui met 12 heures à parcourir les 800 km qui séparent Yushu de Xining, passant de 4000m à 2000m d’altitude.
A Xining, le fond de l’air est agréable, il semble bien que nous ne reverrons plus la chaleur humide de la Chine du sud, ce qui n’est pas pour nous déplaire. Xining est une grande ville de 2,5 millions d’habitants au carrefour du Sichuan, du Qinghai et du Xinjiang, avec une population cosmopolite mêlant les Hans, lesTibétains et les Ouïghours. Nous visitons le quartier de la grande mosquée et son marché animé.


A part ça, Xining est une ville chinoise classique : grappes de tours, larges avenues, beaucoup de voitures, plutôt récentes, et de scooters électriques, des boutiques Luckin Coffee et Roi des neiges (limonades à 50 centimes, on en trouve partout), quantité de restaurants et, de temps en temps, témoins d’une époque pas si lointaine, un triporteur hors d’âge charriant une montagne de pastèques ou de vieux cartons.
Traversée du Qinghai et du Xinjiang
Après Xining, commence une longue traversée en train à travers le désert, qui couvre la majeure partie du Qinghai et du Xinjiang, ces deux immenses régions à l’Ouest de la Chine, chacune plus grande que la France.




4 trains, 2670km, 34 heures de trajet, de jour, de nuit. Le paysage défile. Ça et là une ville surgit : Golmud, Ruoqiang, Korla… Dans ce qui fut autrefois des oasis, certaines sur la route de la soie, on retrouve aujourd’hui les mêmes tours, les mêmes larges avenues, les mêmes boutiques, juste un peu plus poussiéreuses. Il fait chaud.
Comme au Tibet, dans ces régions où peu de touristes occidentaux se rendent, nous sommes une attraction à part entière, avec qui il faut se prendre en photo, pratiquer son anglais, dont il faut toucher la peau dorée… On nous offre de la pastèque, du melon et des yaourts quand nous venons récupérer nos bagages, laissés quelques heures dans un hôtel près de la gare, où nous n’avons même pas dormi, là ce sont des boîtes de clémentines et de prunes séchées, en quittant un restaurant… Les conversations sont limitées, malheureusement, même avec les applications de traduction, mais les sourires et la curiosité sont bien réels, et réciproques.




Frontière Chine – Kazakhstan
Par les vitres des trains, les kilomètres et le désert défilent. Après un arrêt de quelques heures à Urümqi, la capitale des Ouïghours, nous prenons un nouveau train de nuit pour Alashankou, à la frontière kazakhe.
Nous ne passons pas au même endroit qu’à l’aller et je n’arrive pas à trouver beaucoup d’informations sur Internet, jusqu’à ce que je tombe sur un fil Reddit, ce forum anglo-saxon obèse, dont les utilisateurs parlent aussi bien de des poissons d’aquarium, que de la restauration de machines à écrire.
Plusieurs internautes témoignent d’un passage plus ou moins récent : après être arrivé à la gare d’Alashankou par le train de 8h54, sortir de la gare, traverser le parking et monter les escaliers, passer le rond-point puis marcher tout droit jusqu’à voir un hôtel à gauche en diagonale et un terrain vague de l’autre côté, prendre alors à droite jusqu’à la gare routière, un bâtiment moderne, acheter un billet, 100 yuans, pour le bus de 10h, s’il est plein attendre celui de 15h, passer d’abord l’immigration chinoise, 1 à 3 heures pour tout le bus, selon le zèle des policiers en poste, puis l’immigration kazakhstanaise…


A l’arrivée du train, je croise les doigts, mais tout se passe exactement comme indiqué sur Reddit : pas de taxi à la gare (pourquoi ? mystère), le parking, l’hôtel, le terrain vague, la gare routière… La magie d’Internet…
Le passage est rapide, que ce soit côté Chine ou côté Kazakhstan, c’est à peine si on nous regarde d’un œil vaguement soupçonneux.
Côté kazakh, nous voici à Dostyk, ville frontière venteuse et poussiéreuse, ambiance western soviétique. A 19h, nous montons dans le train pour Balkhash.


Balkhash
Après deux nuits de suite dans le train, nous sommes contents de faire une pause. Balkhash est une petite ville située sur les rives du lac du même nom, le 15ème plus grand du monde, m’apprend Google. Qui a la particularité unique d’avoir une partie en eau douce et une partie en eau salée.
Dès notre arrivée, matinale, l’un des clients de l’hôtel nous propose gentiment de nous conduire au lac. Nous y passons la journée, dans une ambiance de station balnéaire des années 2000 : jet skis et bouées tractées partent de la plage en pétaradant, tandis que sous les parasols, de jeunes femmes russes tatouées s’enduisent d’huile solaire.




Le Kazakhstan compte encore environ 15% d’habitants d’origine russe (contre près de 40% à l’époque soviétique). A Balkhash, ce chiffre monte à un tiers, comme dans la plupart des villes du Nord et de l’Est du Kazakhstan, car le développement de la ville dans les années 1930 autour de l’industrie du cuivre a mobilisé de nombreux travailleurs venus de Russie.
Aktau
Après Balkhash, nous prenons un premier train pour Karaganda, puis un deuxième pour Aktau, sur les rives de la mer Caspienne. Le train traverse tout le Kazakhstan d’Est en Ouest. Ce sera le plus long du voyage : 40 heures au milieu du désert, des villages désolés, de la steppe et des chameaux.




Aktau est une ville de 260 000 habitants, posée au bord de la Caspienne, entourée par le désert. C’est une ville récente, dont le développement a été initié au début des années 1960, alors que s’intensifiait l’exploitation des matières premières dont regorge la région : uranium, pétrole… Aktau dépend essentiellement de l’eau de la mer Caspienne pour son approvisionnement en eau potable. Au demeurant, c’est une ville assez terne, poussiéreuse, faite de barres d’immeubles en béton, de larges avenues et d’immeubles plus vraiment modernes. Son principal attrait est la mer Caspienne, le plus grand lac du monde (371000 km2, soit les 2/3 de la France).
Nous logeons dans un appartement, au 7ème étage de l’une des nombreuses tours. Au pied de l’immeuble, un chien noir est étendu toute la journée, fuyant la chaleur. Nous allons nous baigner. L’eau de la Caspienne est bleue claire, un peu laiteuse, légèrement salée. La plage est bondée en cette journée chaude de la mi-juillet.




De retour à l’appartement, nous nous arrêtons tirer de l’argent, acheter de la crème solaire et une petite boîte de caviar, que nous dégustons sur la table de la cuisine, avec des œufs brouillés et des toasts au beurre.
Après des décennies de domination sans partage (jusqu’à presque 90% de la production mondiale), la Caspienne ne représente plus aujourd’hui qu’environ 5% du caviar mondial. En cause, l’effondrement des populations d’esturgeons sauvages, dont la pêche a été drastiquement limitée par les pays riverains producteurs : Russie, Iran, Azerbaïdjan et Kazakhstan. Aujourd’hui, le caviar de la Caspienne est du caviar d’élevage, et c’est la Chine qui produit près de la moitié du caviar mondial.
Laisser un commentaire