hong-Kong 1988-2026
De 1988 à 1990, mon père a travaillé à Hong-Kong, dans l’import-export. Pendant 2 ans, nous avons habité sur la partie est de l’île de Hong-Kong, plus résidentielle, à Chung Hom Kok, dans un appartement au-dessus de la mer. Ma sœur Marie et moi allions en bus au lycée français, elle en maternelle et moi en primaire.
Je me souviens des dim-sums, des éperlans achetés au marché d’Aberdeen le week-end avec papa, des bus à impériale sur les routes sinueuses, des jonques et des sampans dans la baie, des cookies fondants à l’embarquement du Star Ferry, des randonnées à Tai Long Wan…
En préparant ce voyage, j’ai tout de suite regardé s’il serait possible de retourner à Hong-Kong, 36 ans plus tard. Nous y débarquons ce vendredi 26 juin en provenance du Huizhou. Passage de l’immigration et de la douane : Hong-Kong a été rétrocédée à la Chine en 1997 mais garde le statut de région administrative spéciale, comme le Tibet ou le Xinjiang.
Nous sommes accueillis par Marie-Laure, une amie avec qui j’étais au collège au Cameroun dans les années 1990, qui vit aujourd’hui à Hong-Kong avec son mari Alexis et ses enfants Mayeul et Gaëlle. Ils habitent sur l’île de Hong-Kong, à Happy Valley, au 23ème étage d’un immeuble donnant sur l’hippodrome, et nous accueillent avec des lasagnes et un gâteau au chocolat. Les yeux fermés on se croirait en France !



Ces deux régals ont été préparés par Mildred, leur employée de maison. Quand j’étais petit, la nôtre se nommait Wei San et on appelait ces femmes des amas. Aujourd’hui on parle pudiquement de « helpers ». Presque exclusivement philippines et indonésiennes, ces femmes viennent travailler à Hong-Kong, où les salaires sont environ 4 fois plus élevés que dans leur pays. Elles quittent leur famille pendant plusieurs années, ne rentrant chez elle en général qu’une fois par an, et vivent la plupart du temps au domicile de leur employeur, dans une petite pièce derrière la cuisine. Ces longs huis-clos et la sujétion de ces femmes à leurs patrons peuvent donner lieu à des abus, dont certains défraient parfois la chronique, avec des situations proches de l’esclavage. Heureusement, la réglementation tend à protéger de mieux en mieux les amas et la plupart des employeurs les traitent correctement. Mildred rentre chez elle deux fois par an et a un salaire très supérieur au minimum légal. Elle habite avec sa sœur non loin de chez Marie-Laure et Alexis. Et c’est un cordon bleu.




Les gratte-ciels tombent dans la mer, dans cette ville verticale, où plus de la moitié des 7,5 millions d’habitants vivent au-dessus du 10ème étage. Nous visitons Wan Chai et Central, montons à Victoria Peak, prenons le Star Ferry pour Kowloon, la partie de Hong-Kong qui se trouve en face de l’île, sur le continent, allons nous baigner à Cheung Chau…
Je retrouve un peu les sons et les odeurs de mon enfance, la chaleur humide aussi… L’immeuble où nous habitions n’a pas changé mais les marches qui mènent à la plage sont plus dures à remonter qu’à l’époque.




Pendant notre séjour, je dévore Hong-Kong et Macau, de Joseph Kessel, que Marie-Laure m’a donné et qui raconte avec talent, à l’occasion d’une visite faite par l’auteur à la fin des années 1950, l’histoire et les secrets de ces deux territoires si singuliers.
Redevenue chinoise depuis 29 ans, Hong-Kong a gardé de ses 156 années britanniques une atmosphère, un mode de vie et un charme à part. Les dim sums et l’oie rôtie côtoient le thé au lait ; les vieux tramways et les jeteuses de sort s’activent sous les écrans géants ; les noms anglais répondent aux chinois ; les lianes de banians embrassent les hautes tours et la jungle le dispute à la ville.
Laisser un commentaire