
ALORS CE VOYAGE ?
Rappel
QUOI – De Nantes jusqu’au Japon, par voie terrestre, aller et retour
QUAND – Pendant 4 mois, du 12 avril au 5 août 2026
QUI – Mes trois garçons, de 11, 13 et 15 ans, et moi

Quelques chiffres
- 40 066 km, soit le tour de la Terre, dont 29 205 en train (73%)
- 56 trajets en train, pour presque 400 heures à bord (16 jours complets)… et aussi 19 trajets en bus, 17 en voiture, 9 en ferry et 2 en avion.
- 40 heures pour le trajet le plus long en train, de Karaganda à Aktau au Kazakhstan (2700km)
- 7500€, budget par personne, tout compris, pour 4 mois : déplacements (40%), nourriture (20%), hébergements (20%), matériel (10%), autres : visites, achats, activités… (10%). Cela représente environ 6€ par repas par personne et 70€ la nuit pour 4.
IMPACT CARBONE
- 1,9 tonnes de CO2e par personne au total, soit environ 40% de moins qu’un trajet AR de Paris à Tokyo en avion (3,1 tCO2e, en comptant les traînées de condensation – source Base Empreinte de l’ADEME)

- Seulement 40% de moins pour un aller-retour par voie terrestre par rapport à l’avion ? On aurait pu s’attendre à une plus grande différence, mais il faut prendre en compte les éléments suivants :
- Nous avons fait plus de 100 trajets pendant 4 mois, et parcouru 2 fois plus de kilomètres qu’un vol direct.
- A kilométrage équivalent, un voyage par voie terrestre à dominante ferroviaire comme celui que nous avons fait, émet 3 fois moins de CO2e que l’avion (48 grammes de CO2e par km, contre 160 gCO2e pour un avion long courrier – dans le tableau ci-dessous on lit 220g CO2e pour l’avion mais c’est pour les cout-courriers)
- Dans un monde sans guerre, il serait être possible de rallier Nantes à Tokyo sans avion du tout (en passant par l’Ukraine, puis la Russie, pour récupérer ensuite la route que nous avons empruntée via le Kazakhstan et la Chine, en ne prenant que 2 ferries, entre la Chine et la Corée du Sud, puis entre la Corée et le Japon). On devrait ainsi pouvoir descendre à 1,3 tonnes de CO2e pour l’AR, au lieu de 1,9 tCO2e pour le trajet que nous avons fait, soit près de 60% de moins que l’avion.
- Quoi qu’il en soit, près de 2 tonnes de CO2e, cela reste beaucoup, quand on sait que c’est ce que l’on devrait émettre en un an pour rester sur une trajectoire de réchauffement inférieure à 1,5°C. L’avantage du train, et plus largement de la voie terrestre par rapport à l’avion, c’est que cela rend les voyages plus longs et plus chers. Un voyage de 4 mois à presque 8000€ par personne, on fait ça une ou deux fois dans une vie, alors que 3 semaines au Japon pour seulement 1000€ de billet d’avion, on peut être tenté de le faire plus souvent.
- Si on rentre dans le détail, on s’aperçoit que le train et le bus émettent en moyenne 5 fois moins de CO2 que l’avion et le ferry. On ne le sait pas forcément mais les ferries sont extrêmement émetteurs de gaz à effet de serre, presque autant que l’avion. Pour un voyage le moins carboné possible, on veillera à ne prendre ni l’un, ni l’autre et à préférer le train ou le bus, l’idéal restant évidemment le vélo et la marche à pied.
CE QUE J’EN RETIENS
- En 2026, organiser et réaliser un long voyage en train, pendant plusieurs mois, à travers plusieurs pays, ce n’est pas si compliqué : tous les billets peuvent se réserver en ligne, de même que les hébergements, aucun visa n’est nécessaire, le passage des frontières est plutôt simple et rapide…
- Nous n’avons rencontré absolument aucun problème de sécurité, à aucun moment nous ne nous sommes sentis menacés ou en danger : pas d’agression, pas de vol ni d’agressivité… A part quelques services, souvent des trajets en voiture, qu’on a essayé de nous facturer un peu cher et l’absence très fréquente de ceintures à l’arrière, tout s’est bien passé.
- Au contraire, dans leur immense majorité, les gens que nous avons croisés, dans tous les pays où nous sommes allés, se sont montrés chaleureux et curieux, souriants, généreux… Ca nous a fait réfléchir sur notre sens de l’accueil à nous, en France…
- 4 mois est une bonne durée, cela permet de faire un grand voyage, de déconnecter complètement, sans que les enfants ne manquent trop l’école (moins de 2 mois) et sans que l’envie parfois légitime de se taper dessus ne devienne trop forte. Mais 2 ou 3 mois permettent déjà de faire un très beau voyage.
- Le rythme était assez intense, nous ne restions que rarement plus de 2 jours dans un endroit, 4 jours maximum dans les plus grandes villes (Tokyo, Pékin, Hong-Kong…). Etant donné le programme et le temps dont nous disposions, il aurait été compliqué d’aller plus lentement. Je le savais et j’ai trouvé que cela allait, le voyage était rythmé et nous découvrions sans cesse de nouvelles choses. A l’inverse, ce format laissait moins de place à l’imprévu, au hasard des rencontres…
- Voyager par voie terrestre, en train, en bus, offre une expérience vraiment différente de l’avion, celle du temps long. On voit les paysages et le climat se modifier, les langues et les accents évoluer, les visages changer… C’est assez fascinant de constater que chaque pays est un monde à part entière, avec son architecture, sa culture, sa manière d’être, sa langue, sa monnaie… et que de part et d’autre d’une frontière, on peut vivre de manière très différente.
- En revanche, le fait de ne pas avoir son propre véhicule limite forcément l’expérience et la liberté de mouvement. C’est plus difficile de s’écarter des villes, des grands noeuds du réseau ferré et de sortir des sentiers battus, même si les bus et mini-bus restent une solution.
ET d’un point de vue ecologique ?
Les Cyclades, la Grande muraille de Chine, les pains de sucre de Yangshuo, Venise, le désert de Gobi, les jardins japonais, la péninsule du Mangystau… La Terre est extraordinairement belle et variée et pendant longtemps les humains ont vécu en (relative) harmonie avec elle. Mais ce que j’ai constaté pendant ces 4 mois, avec en parallèle les échos qui nous parvenaient de l’été apocalyptique qu’a vécu l’Europe, m’a rendu assez triste. Ce n’a malheureusement pas été une grande surprise mais le voir de ses yeux c’est autre chose.
Partout le règne du productivisme thermo-industriel, l’avènement du technolibéralisme, l’uniformisation des villes et des modes de vie, la disparition des techniques traditionnelles… Au fin fond du Tibet des maisons en béton, peintes aux couleurs traditionnelles, aux confins de la Turquie, du Coca et des Lays’ dans l’épicerie du village…
Partout des champs de monoculture et des hangars d’élevage, des chantiers de construction de routes, de ponts, de bâtiments, tout en béton, des voitures par millions, partout des décharges sauvages et des poubelles qui débordent (sauf au Japon), des hordes de touristes, des fast-foods, des boutiques de cafés lattes et de bubble teas, des emballages et du plastique…
Et partout des gens qui scrollent… Le monde entier a un smartphone et regarde des shorts, joue aux mêmes jeux, prend des selfies…
Voilà. Ce n’est pas gai mais c’est comme ça. Maintenant il faut se remonter les manches et tout faire pour que cela change.
Une réponse à « Article – Alors ce voyage ? »
-
Merci Louis pour ce bilan hyper interéssant, une expérience/ des souvenirs que vous garderez gravés dans vos mémoires…
J’aimeJ’aime
Laisser un commentaire